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5 QUESTION A GILBERT BAWARA, CONSEILLER DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
« C’est la volonté de réforme et la capacité du Togo à honorer ses engagements particulièrement vis-à-vis de la Banque mondiale, de la BAD et du FMI qui vient d’être récompensée. »
5 QUESTION A GILBERT BAWARA, CONSEILLER DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Publié par host le January 24, 2011 11:58
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FOCUS INFOS : Le Togo vient d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). Quelle portée concrète cela pourra-t-il avoir sur nos finances publiques et plus généralement sur notre économie ?

 GILBERT BAWARA : Notre pays est désormais soulagé d’une part très importante du fardeau de sa dette extérieur. Cela va conférer une marge de manœuvre plus importante, les ressources autrefois consacrées au désendettement pouvant renflouer les investissements dans les secteurs sociaux et porteurs de croissance. Nous pouvons donc escompter à brève échéance, après naturellement avoir concrétisé les allègements de dettes avec les différents créanciers concernés, une nette amélioration des finances publiques, la remise en état des infrastructures, l’accélération de la croissance économique et des chantiers de grande envergure. En plus de la possibilité d’accéder à d’autres dons et prêts sans intérêts ou à taux bonifié auprès du FMI, de la BAD ou de la Banque mondiale, le Togo retrouve pleinement sa crédibilité et sa capacité d’attraction des investissements directs étrangers.

 F.I: L’effacement ou le rééchelonnement de nos dettes ne va- t-il pas   être interprété par de potentiels bailleurs et autres investisseurs,   comme l’incapacité de notre pays à honorer ses engagements, et donc contribuer à  les éloigner ?

 G.B. C’est une manière erronée de voir les choses. L’initiative PPTE n’est pas une invention ou une singularité destinée uniquement au Togo. Ce mécanisme bénéficie actuellement à une quarantaine de pays à travers le monde, dont plus d’une trentaine sur le continent africain. Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous lamenter de bénéficier de cet instrument qui a déjà bénéficié à tous les Etats voisins de l’UEMOA et de la CEDEAO, à l’exception notable du Nigeria qui n’est pas éligible à ce mécanisme et de la Côte d’Ivoire qui a cependant atteint le point de décision et espère le point d’achèvement. C’est la volonté de réforme et la capacité du Togo à honorer ses engagements particulièrement vis-à-vis de la Banque mondiale, de la BAD et du FMI qui vient d’être récompensée. Il faut s’en féliciter. Pour autant, le Président Faure Gnassingbé, avec ce nouveau départ sur le plan économique, reste déterminé à baser la croissance économique et la réalisation des aspirations des populations et la prospérité de la nation sur la valorisation de nos potentiels et ressources propres. Le développement du pays ne pourrait être solide et durable que s’il est endogène. Mais notre pays sort d’une longue crise et nous restons confrontés à une situation précaire, nos efforts étant souvent contrariés par des chocs exogènes. Dans cette phase de reconstruction, nous avons besoin de l’appui des partenaires au développement.   

 F.I : Plusieurs réformes structurelles ont été amorcées et réussies pour atteindre ce point d’achèvement, au prix d’énormes efforts consentis par nos compatriotes et au préjudice de mesures sociales. Quelles peuvent en être à court, moyen, et long terme les retombées pour le quotidien des Togolais ?

 G.B : Le bien-être des populations et la prospérité du pays requièrent au préalable une croissance économique forte et soutenue. L’initiative PPTE a été un catalyseur pour l’assainissement des finances publiques, une politique économique plus avisée et un exercice fort apprécié pour se doter d’un document de stratégie de réduction de la pauvreté dont l’élaboration a bénéficié de la contribution de différentes composantes de la nation. Ne voyons donc pas les choses de manière négative. Du reste, le Président Faure Gnassingbé n’a pas attendu l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE pour engager des mesures en faveur des couches les plus défavorisées et en vue d’atténuer le marasme qui prévalait. Tous les secteurs connaissent des débuts d’amélioration, comme témoignent les programmes en faveur de l’éducation et de la formation, de la santé maternelle et infantile, de la relance agricole, de la construction des puits et des forages, de la stabilité énergétique et l’éclairage public, etc. La réhabilitation des pistes rurales et la construction de nouvelles routes sont palpables à travers le pays. Tout cela est insuffisant et l’on peut comprendre les impatiences et insatisfactions. Mais pour à aller à de nouvelles conquêtes en matière de bien-être et d’amélioration des conditions de vie des Togolais, il nous faut préserver les acquis et consolider l’environnement d’apaisement et de réconciliation nationale. Il s’agit désormais d’accélérer les investissements et d’amplifier et renforcer les chantiers en cours d’exécution.  

 F.I : Pour ne pas retomber  dans les mêmes travers que par le passé, avec des projets mal conçus et exécutés ou des emprunts hasardeux et improductifs, quelles sont les dispositions prises pour l’avenir par le gouvernement ?

 G.B : Le DSRP constitue désormais un cadre fédérateur de toutes les actions et interventions en vue du développement du pays. Sans doute que le cycle du DSRP initial, qui est de trois ans (2009-2011) pourra être revisité dans un avenir pas trop lointain. Le gouvernement pourrait également initier bientôt la préparation d’une vision prospective à long terme. Les ressources publiques seront donc désormais consacrées à la mise en œuvre de programmes, de projets et de priorités dont la pertinence et la rentabilité résulteront d’un travail minutieux ayant bénéficié de l’implication de toutes les composantes de la nation et des plus hautes expertises nationales et internationales. Il n’est pas dans la vision du Président de mobiliser des emprunts pour assurer le fonctionnement ordinaire de l’Etat, mais plutôt pour investir dans les secteurs productifs et porteurs de croissance. En toute hypothèse, une politique d’endettement maitrisé, prudente et responsable constitue désormais une exigence de bonne gestion et un impératif moral pour ne pas accabler les générations futures et ne pas retomber dans des travers.

 F.I : Le Projet de Loi de Finances, Gestion 2011 est marqué par une certaine prudence quant à l’endettement. Est-ce l’expression d’une prise de conscience et plus généralement, quelle sera désormais la politique du Togo en matière d’endettement ?

 G.B : Le ministre des finances et le gouvernement ont voulu faire preuve de prudence et de sagesse en évitant de refléter dans le budget 2011 la dynamique et l’incidence de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE alors même que la certitude d’une notification n’était pas établie au moment de la conception du projet de loi de finances. Dans les mois à venir, le gouvernement aura la possibilité, après avoir cerné toutes les implications et évalué tous les effets induits de l’atteinte du point d’achèvement, d’envisager un collectif budgétaire et une loi de finances rectificatives. Cette prudence répond à une exigence de transparence et de sincérité et au refus de la démagogie et du populisme. Ce réalisme et cette rigueur devraient demeurer une pierre angulaire dans la gestion des finances publiques.