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CÔTE D’IVOIRE: GBAGBO PERD SA LEGITIMITE EN PERDANT LA BATAILLE DE L’OPINION.
CÔTE D’IVOIRE:  GBAGBO PERD SA LEGITIMITE EN PERDANT LA BATAILLE DE  L’OPINION.
Publié par Lomenews le December 10, 2010 02:52
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Contrairement à ceux que les Ivoiriens et tous ceux qui aiment ce pays espéraient, les élections présidentielles n’ont pas résolu la crise que connaît la Côte d’Ivoire depuis plus de huit ans. Elles l’ont exacerbée, consacrant de fait à la  tête de l’Etat une direction bicéphale. L’inquiétante  période d’incertitude    qui s’y ouvre désormais est de tous les dangers, avec une communauté internationale soufflant sur les braises, en prenant fait et cause pour Alassane OUATTARA contre la position des institutions de la République ivoirienne.

 Comme celle  du militaire togolais s’enfuyant avec une urne  sous les  bras en 2005, l’image  de partisans de Laurent  GBAGBO, arrachant et déchirant  en direct  les fiches de résultats et empêchant la porte-parole de la CEI

(Commission Electorale Indépendante) de donner les résultats partiels le 1er décembre dernier, a fait le tour du monde. Elle a été un désastre médiatique  pour le président sortant dont la cote  auprès de l’opinion internationale, formatée et instrumentalisée par les chaînes étrangères dans leur  grande majorité acquise à son adversaire, était déjà très basse. Le parti pris  de la plupart des grands médias  internationaux dans leurs pseudo analyses et  commentaires,  ou leurs reportages scandaleusement dirigés ne laissent aucun doute sur  les objectifs d’une telle  entreprise.  C’est à dessein qu’ils insistent sur le fait que le Président du  Conseil Constitutionnel, Paul Yao N’DRE ait été nommé par  GBAGBO, sans presque  jamais  dire que YOUSSOUF BAKAYOKO, le fameux Président de la CEI est notoirement  du RDR d’Alassane OUATTARA. Sans non plus souligner que  dans   tous  les pays du monde, y compris à forte tradition démocratique comme la France ou les Etats-Unis, les présidents de telles institutions, Cour Suprême, Cour ou Conseil Constitutionnel, sont nommés par le Président de la République. Il n’y a donc pas là une particularité ivoirienne.  

 La position inconfortable dans laquelle se trouve aujourd’hui le fondateur du FPI (Front Populaire Ivoirien) est donc due en grande partie et essentiellement à cette  défaite médiatique. Les évènements en Côte d’Ivoire montrent bien la duplicité de la communauté internationale et la capacité de manipulation de certaines puissances occidentales.

 Il y a toujours quelque chose  de suspect dans leur attitude, lorsqu’à l’unisson, avec dans leur roue les institutions sous-régionales et régionales africaines, sans imagination et sans autorité, elles prennent  des positions aussi tranchées et diabolisent un dirigeant ou un leader politique. Les exemples sont légions qui ont démontré plus tard et à l’envi le peu de crédit à accorder à de  telles campagnes : de BOKASSA cannibale à Saddam HUSSEIN danger pour le monde avec des armes de destruction massive, en passant par Robert MUGABE affamant son peuple, la manœuvre ne date pas d’aujourd’hui.

  LA LEGALITE  CONTRE LA  LEGITIMITE ?

 Les résultats proclamés par monsieur Youssouf  BAGAYOKO, de façon solitaire et cavalière, sans  protocole ni solennité requis,  dans des conditions rocambolesques et depuis  un hôtel, QG du  candidat Alassane OUATTARA, transformé pour l’occasion en FORT KNOX reflètent-ils réellement la volonté du peuple ivoirien ? Voilà la question essentielle, d’ordre  politique voire éthique qu’il  faut se poser.   On ne le saura sans doute jamais, malgré le satisfecit manifesté par les observateurs. Cela n’est pas en effet  gage de  transparence de cette  élection puisque par expérience, on sait que l’opinion de ces observateurs peut être sujette à caution et  souvent fondée sur l’absence de violence lors du déroulement du scrutin. La certification de l’ONU  (Organisation des Nations Unies) n’apporte pas non plus une réponse définitive à cette  question.  Elle garantit  simplement la crédibilité des procès verbaux et la fiabilité  dans la compilation et le comptage des suffrages exprimés. Mais elle n’atteste  pas de la sincérité et de la liberté dans  l’acte de vote. Or, c’est sur ce  terrain là que le camp GBAGBO a amené le Conseil Constitutionnel à statuer.

 En effet, contrairement à ce que soutient Guillaume SORO, sans surprise d’ailleurs doit-on le souligner, le vote a eu lieu dans  des conditions particulières dans le nord du pays en zone rebelle, pour une raison aisément devinable : l’absence effective et réelle  de l’autorité de l’Etat. Ces régions  sont en réalité toujours sous la coupe et les desiderata des chefs de guerre largement acquis à OUATTARA et qui, malgré les accords n’ont pas désarmé.

 Ce cas évocateur d’une ville de 22.000 votants qui ont tous porté leurs suffrages sur le candidat du RDR  en dit long sur l’atmosphère générale qui a prévalu  dans cette région au moment du vote.  Au Togo, même lorsque les fraudes sont massives, il y a toujours eu  au fin fond du KPENDJAL ou de TANDJOUARE, un bulletin en faveur de l’UFC (Union des Forces de Changement ; comme d’ailleurs il y en a  pour le RPT (Rassemblement du Peuple Togolais) à BE KODJINDJI ou à ANEHO  ADJIDO, fiefs de l’opposition.  Comment dans ces conditions, parler encore de respect du vote des Ivoiriens ? D’où une autre question essentielle, mais juridique celle-là : qui est compétent pour proclamer les résultats définitifs et donner le nom du vainqueur  en tenant compte des recours formés par les candidats? Sans conteste et sans contestation possible, le Conseil Constitutionnel. Cette institution n’a pas remis en cause le comptage ni les résultats sur le plan arithmétique. Elle a, en vertu des compétences que  lui confère la Constitution, en tant que  juge du contentieux électoral entre autres, annulé souverainement une partie du vote dans des régions où elle estime qu’il n’a pas respecté les règles de transparence et est de nature à faire douter de sa sincérité. A-t-elle le pouvoir de le faire ? La réponse est oui. Peut-elle, à partir  de là, refaire les calculs et donner d’autres résultats  sur ces nouvelles bases ? La réponse est encore oui. Les chiffres de la CEI peuvent au final différer de ceux du Conseil Constitutionnel ? La réponse est toujours oui. Est-ce cette institution  qui doit avoir le dernier mot ? Oui.

 

On peut s’étonner, voire  choqué que près de 600.000 voix,  environ 13% de l’électorat, soient annulées par une décision de justice. Mais le problème que cette annulation pose est purement politique. Sur le plan juridique, elle  est valable : «  lex est dura, sed lex ».

 Tout le monde feint d’ignorer que la CEI est un organe administratif qui ne peut donner que  des résultats provisoires.  Seule une  institution juridictionnelle  peut proclamer ceux définitifs et donc donner le nom du Président, sans possibilité de recours. En occurrence, c’est le Conseil Constitutionnel. Il n’est donc pas intellectuellement sérieux et juridiquement soutenable de prétendre que les résultats de la CEI peuvent s’imposer face à ceux donnés par le Conseil Constitutionnel. Lorsqu’en 2000,  la Cour Suprême américaine acquise  aux Républicains s’apprêtait à valider tout de  même  le scrutin présidentiel , alors qu’il était  établi que le vice-président AL GORE l’avait emporté face à Georges W. BUSH,  mais que grâce aux fraudes en Floride, ce dernier passait devant, , les démocrates  ravalant leur frustration et malgré l’évidence, se sont inclinés. Au nom de la démocratie qui impose qu’on respecte les décisions des institutions qui l’incarnent, même si elles paraissent insupportables. Sauf à exercer les voies de recours, quand elles existent.

 LA BATAILLE DES ALLEGEANCES ET DES ALLIANCES :

 Le cas ivoirien fait la démonstration  de « deux poids deux mesures » qui caractérise la politique des puissances occidentales et dont elles sont coutumières. Dans bien d’endroits, on aurait souhaité les voir réagir  avec autant de détermination et de clarté. Blaise COMPAORE  qui vient d’être réélu avec un score à la soviétique au Burkina-Faso, Paul KAGAME au Rwanda, Yoweri MUSEVENI en Ouganda,  ont fermé toutes perspectives politiques à leur opposition par les élections ;  Mouammar Khadafi  lui,  ne les organise même pas. Pourtant, ce sont les chouchous de la «  communauté internationale », prête à regarder ailleurs ou même à se prosterner, en fonction de ses intérêts. Que dire des élections organisées au Togo et le sort souvent réservé aux vrais résultats sortis des urnes ?

 

Aujourd’hui, peut être à son corps défendant, Alassane OUATTARA incarne jusqu’à la caricature «  le candidat de l’étranger », dont l’affublait avec un certain cynisme pendant la campagne, Laurent GBAGBO. Sa victoire  annoncée en primeur à l’extérieur par les médias internationaux, vite reconnue avant même que ne se prononce  l’organe constitutionnel ivoirien habilité à la valider, sa protection assurée  par les casques bleus de l’ONUCI sont symptomatiques de cela. Ce roi nu et sans trône, adoubé par la communauté internationale n’a toujours pas pour l’instant, le soutien des principales institutions de la République. S’il est le Président de la Côte d’Ivoire pour SARKOZY et les autres, il ne l’est pas encore véritablement sur le terrain.  Tout en ne reconnaissant pas la décision du Conseil Constitutionnel, lui déniant ainsi sa légitimité, monsieur OUATTARA lui envoie tout de même une lettre faisant office de prestation de serment.  Contradiction, paradoxe politico-juridique dont il  devra trouver la formule pour s’en sortir. D’autant plus que pendant ce temps,  devenu un  paria à l’extérieur sauf pour le Liban, l’Afrique du Sud ou encore l’Angola dont les diplomates étaient présents à sa cérémonie d’investiture,  Laurent GBAGBO reçoit pour sa part,    la légitimité que lui confère le Conseil constitutionnel, le soutien de l’Assemblée nationale à travers son Président, celui du Conseil Economique et Social et surtout l’allégeance des Forces de Défense et de Sécurité emmenées par le général Philippe MANGOU.

 COMMENT SORTIR DE L’IMPASSE ?

 Quel qu’en soient les raisons, il n’est pas acceptable qu’un fonctionnaire de l’ONU, quelque sympathique qu’il soit, se substitue aux institutions républicaines d’un pays pour proclamer les résultats d’un scrutin. Le rôle de certificateur n’emporte pas celui de juge du contentieux électoral ni  celui de de désigner le vainqueur de l’élection. Monsieur Young IN-CHOI aurait pu, pendant qu’on y était, recevoir le serment de OUATTARA et lui former son gouvernement.  La communauté internationale a péché et envenimé la situation par ses prises de position intempestives, hâtives, imprudentes et tranchées.

Cependant,  tous s’accorderont pour affirmer  qu’il y avait quelque chose de tragi-comique  dans la prestation de serment des deux protagonistes, visiblement pas à l’aise malgré les sourires.  Mais  l’heure est trop grave pour s’en amuser. Il faut rapidement donc  sortir de l’impasse avant que le pays ne sombre dans le chaos  et le bain de sang.

 

Avec la quasi- unanimité qu’elle a réuni  contre lui au sein de la communauté internationale et sa mauvaise presse, le maintien de Laurent GBAGBO à la tête de l’Etat  sera synonyme de beaucoup de souffrances pour le peuple ivoirien. Le pays sera sous embargo,  isolé diplomatiquement et économiquement ;   les efforts que monsieur GBAGBO a lui-même consentis pour  renouer avec les institutions financières internationales, notamment celles de Bretton Wood seront vains. La division et la partition du pays s’ accentueront. Les Ivoiriens ne méritent pas cela. Pour ses compatriotes et au nom de l’intérêt supérieur de la Nation, il faut qu’il trouve avec son adversaire et la communauté internationale, la bonne formule qui permette son départ. Sans humiliation, la tête haute, avec des conditions négociées. C’est en cela que la médiation proposée par l’Union Africaine et entamée par Thabo Mbéki, est encourageante et doit être soutenue par tous, sans arrières pensées ni calculs politiciens.

 Mais ce départ sonnera aussi malheureusement le glas d’une certaine vision de l’Afrique et de ses rapports avec les pays occidentaux, qu’incarnait GBAGBO et certains avant lui comme SANKARA. Elle  faisait d’une relation équilibrée et respectueuse d’Etat à Etat, une exigence. C’est la défaite de ceux qui avaient ce rêve et en avaient fait leur combat. Qui doute encore que les vraies raisons de la stigmatisation de GBAGBO ne sont justement pas là ?