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Monsieur BOUKARY ZONGO, Directeur de l’Exploitation et des Normes Monétiques au Groupement Interbancaire Monétique de l’UEMOA
 Monsieur BOUKARY ZONGO, Directeur de l’Exploitation et des Normes Monétiques au Groupement Interbancaire Monétique de l’UEMOA
Publié par Lomenews le December 10, 2010 10:10
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Articles, Interview

FOCUS  INFOS: Vous avez présenté le 30 novembre dernier à Lomé lors d’un séminaire d’échanges, un nouveau produit de la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) dénommé «  Carte GIM UEMOA ».  A quoi sert cette carte ?

BOUKARY ZONGO: La carte GIM UEMOA est un moyen de paiement mis à la disposition de la population pour lui  permettre d’accéder à tout moment 24h/24, 7j/7, à des services financiers (retrait d’argent, consultation de soldes, transferts, édition de  relevés de compte, paiement de facture etc…).

Cette carte a la  particularité d’être interbancaire, interopérable. C’est la fin des cartes compartimentées qui faisaient que lorsqu’elles sont émises par une banque, elles ne sont  pas acceptées par les autres.  Désormais, la carte GIM émise par une seule banque, peut être utilisée auprès de toutes les autres  dans l’espace UEMOA.

F.I: Les services que vous citez  étaient déjà possibles avec les cartes existantes. Pourquoi en créer une nouvelle ?  

B.Z: Aujourd’hui, la situation est que le nombre de cartes en circulation dans l’espace UEMOA est très limitée, parce que les produits proposés jusque là par la communauté bancaire ne correspondent pas aux besoins.

Les cartes dont vous parlez sont à usage privatif. Ainsi, lorsque vous en prenez  une auprès de la BRS  (Banque Régionale de la Solidarité) par exemple, vous ne pouvez faire des opérations qu’auprès de cette banque. Et comme elle n’a que trois guichets, vos besoins ne seront sans doute pas satisfaits. D’où l’offre  de la carte GIM qui permet la mise en commun des moyens de la communauté bancaire en vue de faciliter la mobilité de la clientèle. Mais aussi d’inciter les usagers  à utiliser les systèmes de paiement par carte et  accroître  ainsi le nombre de détenteurs des cartes de paiement dans l’espace UEMOA.  

F.I: La carte GIM est-elle utilisable auprès de  toutes les banques dans l’espace UEMOA, voire au-delà ?

B.Z: Dans l’espace UEMOA, 96 banques  sont  déjà membres de la carte GIM-UEMOA sur la centaine. Les banques nouvellement créées entameront leur  processus d’adhésion. L’objectif est que  d’ici fin 2011, tous les établissements régulièrement installés dans l’espace UEMOA soient membres de GIM-UEMOA. C’est une décision régionale entérinée  par la Banque Centrale parce qu’il s’agit d’un enjeu stratégique de bancarisation  pour l’UEMOA mais aussi  un enjeu de développement des services financiers.

F.I: N’est-ce pas surabondant de lancer ce nouveau produit peu de temps après seulement  le lancement de la campagne de la BCEAO pour plus de bancarisation ?

B.Z: Non, justement ! Quand  vous regardez  la campagne de communication lancée par la BCEAO, vous verrez que la carte GIM y  est intégrée. Parce que c’est un élément qui vient accompagner la stratégie globale de la Banque Centrale qui est d’assurer progressivement la bancarisation à travers la diversité des produits. D’où  la carte GIM de débit adossée aux comptes bancaires, donc adressée aux populations déjà bancarisées ;  la carte GIM prépayée qui intéresse  la population non bancarisée ;  le GIM au Bail pour tout ce qui est  des transactions réalisées à l’aide d’un téléphone portable ou le GIM online, pour les transactions réalisés sur internet. Ce sont  tous des services à forte valeur ajoutée qui amènent les populations à s’intéresser aux services financiers et partant,  aux services bancaires.  

F.I: Pourquoi la BCEAO détient –elle à elle seule plus de 53%  des 10 milliards de capital prévu pour ce projet ?

B.Z: Il n’y a aucune volonté de sa part de tout accaparer. Un capital devait être constitué avec la possibilité  pour  chaque banque de définir  la part qu’elle souhaitait y prendre. Dans le cadre de la réalisation de ses objectifs communautaires, la Banque Centrale se devait  d’accompagner le financement du projet. Au départ, il était question de la présence des banques commerciales dans le capital. Mais avec le temps, il a été jugé plus opportun qu’une seule et unique structure gère le projet dans sa globalité, à la  place du CTMI-UEMOA et du   GIM-UEMOA, qui étaient complémentaires.  Pour ce faire, les autres banques ont sollicité la Banque Centrale pour les aider  à supporter ce projet. C’est dans ce sens que la BCEAO a contribué à hauteur de 53%.

F.I: Y a-t-il un risque pour le citoyen de l’espace de n’utiliser que cette carte ?

B.Z: Le risque est partout. Mais il est moins présent lorsqu’on respecte les règles. Aujourd’hui, lorsqu’on regarde   tous les moyens de payement qui existent, la carte bancaire est le moyen le plus sécurisé, celui  qui présente le moins de risque, qui peut tendre vers zéro lorsqu’on  respecte les conditions d’utilisation de la carte.

Lorsqu’on utilise des espèces, il y a un risque de perte, de cambriolage, de faux billets etc… La carte bancaire vous permet d’éviter tous ces écueils. Quand vous perdez votre carte, vous ne perdez pas pour autant votre argent.  Vous avez la possibilité de faire opposition et de demander une nouvelle carte.  En définitive, lorsqu’on compare la carte aux autres moyens de paiement, celle-ci présente beaucoup tellement   d’avantages que   ses inconvénients en deviennent insignifiants. 

F.I: Peu  de gens ont des cartes d’identité nationale pour ouvrir un compte bancaire. N’est-ce pas là un frein à la bancarisation et à la vulgarisation de la carte GIM ? 

B.Z: C’est vrai que dans différents pays, y compris le Togo, un nombre important de personnes ne détient pas de pièces d’identité. Cependant,  nous sommes dans une logique  anti-blanchiment qui nous oblige à identifier toutes les personnes que nous enrôlons. C’est un problème réel auquel nous devons apporter une réponse globale avec les autorités. Dans une première étape, nous mettrons un focus pour pouvoir équiper toute la population, bancarisée ou  non bancarisée,  évoluant dans le secteur informel, mais détenant une pièce d’identité  que nous pouvons donc  identifier. Si nous avançons substantiellement sur ce volet, nous pourrions ensuite  nous intéresser aux populations sans pièces d’identité. Cela pourrait    passer entre autres par la mise en place  d’un enrôlement spécifique.

Sachez pour votre information que nous avons un projet pas encore déployé,  qui consistera à identifier de manière formelle chaque personne au-delà de sa pièce d’identité. Une telle solution peut venir donc  comme  réponse à la  problématique que vous posez. 

Pour l’heure, nous allons étape par étape de manière sécurisée. En effet, l’objectif communautaire mise beaucoup sur la sécurité, la protection des populations, la protection de nos Etats.