Au fond, il y a un quiproquo plus que sémantique qui s’est installé dans le monde politique togolais sur d’une part, les objectifs de la lutte qui est menée, et d’autre part, sur le but poursuivi par chaque parti politique.
De tous temps et en tout lieu, la quintessence d’une formation politique est la conquête et l’exercice du pouvoir. C’est pour cette raison qu’elles sont créées, sur la base évidemment d’un certain nombre d’idéaux, d’idées et de convictions ; susceptibles d’évoluer dans le temps et dans l’espace ou de s’adapter aux mutations.
En Afrique et notamment au TOGO, la création des partis politiques ne répond pas à ce schéma classique. Ils ne sont pas identifiables ni catégorisés selon leur idéologie ou par rapport au clivage traditionnel occidental droite-gauche, voire centre. En effet, on trouverait peu de militants ou de sympathisants du CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) par exemple, capables d’exposer la différence idéologique entre leur parti et l’Union des Forces de Changement (UFC) ou même le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). Il y a lieu de remarquer d’ailleurs que le CAR comme le RPT sont des partis proches de la droite libérale européenne (CDU en Allemagne pour le CAR qui pourtant se présente sur le plan domestique comme le parti des déshérités ; l’UMP en France pour le RPT) ; et que l’UFC est un parti également libéral. A la différence de la CDPA entre autres, qui fait partie de l’International Socialiste et peut être classée à gauche, si l’on utilise le prisme occidental.
Depuis le début du processus démocratique, le clivage est plutôt manichéen dans notre pays avec une configuration à plusieurs variantes : pour ou contre le pouvoir ; radicaux (entendez ligne dure face au pouvoir qu’ont incarné pendant longtemps Gilchrist OLYMPIO et l’UFC ; tout comme l’UDS d’Antoine FOLLY et de Cornélius Aïdam, le PSP de Tavio AMORIN etc….) ; ou modérés (dialogue avec le régime : le CAR de Me AGBOYIBO, l’UTD puis la CPP d’Edem KODJO etc..) ; intransigeance ou politique des petits pas etc….
L’escroquerie a été dès le début de croire que des formations politiques créées pour concourir à la conquête du pouvoir, dont les principes diffèrent les uns des autres, qui n’ont pas les mêmes approches quant à la stratégie à adopter, pouvaient se saborder pour une seule d’entre elle.
La hiérarchisation ne peut se faire que sur la base d’entente préalable mais surtout par rapport aux succès électoraux.
LA TENTATIVE LEGITIME DE L’ANC :
Les propos de Jean-Claude DELAVA lors du dernier meeting de l’ANC à la plage ont été trop durs et méprisants envers les autres partis politiques de l’opposition, notamment le CAR et ne pouvaient être que contre-productifs par rapport à l’objectif poursuivi : rassembler toute l’opposition derrière l’ANC.
Mais si le secrétaire général de l’ANC a dérapé, la question de fond qu’il a soulevée mérite qu’on y accorde de l’intérêt parce que légitime. Dans la configuration actuelle, quel parti peut être la locomotive de l’opposition ?
Jusqu’alors, ce rôle sans être formel (cela ne faisait d’ailleurs pas l’unanimité) était dévolu à l’UFC. A cause de ses succès électoraux successifs qui ont relégué au second plan le CAR qui tenait le haut du pavé avant que Gilchrist OLYMPIO ne soit enfin autorisé à compétir. Mais ce dernier a gaspillé ce capital sympathie et n’a pas su capitaliser cette place centrale que lui conférait le suffrage universel au sein de l’opposition togolaise. La faute à l’arrogance, à la condescendance et au mépris avec lesquels il traitait les autres leaders de l’opposition. Aucune chapelle politique, ne peut s’incliner ni s’effacer devant une autre dans ces conditions là. C’est au parti le plus important de tendre la main aux autres dans une démarche d’humilité et de rassemblement, en leur faisant des propositions.
La politique n’est pas le terrain de prédilection des sentiments. Ici, seul l’intérêt (et pas nécessairement celui du peuple) compte. Ceci est la triste réalité du jeu politique et les enjeux ne sont pas aussi nobles que nos leaders ont l’habitude de le faire croire. Ils sont très souvent vils et égoïstes ; en tout cas inavouables. Et cela n’est pas une particularité togolaise. A ce jeu d’intérêt, il eût fallu qu’à l’époque, l’UFC fût moins sûre d’elle et plus rassembleuse.
Après l’accord RPT-UFC, cette dernière a perdu, sur le papier pour l’instant, de sa superbe. Il faudra attendre les élections pour avoir confirmation ou infirmation de cela. C’est aussi ce que beaucoup leaders demandent au nouveau-né des partis politiques ANC, qui semble être en pôle position pour déborder l’UFC et lui contester le leadership.
Arrivé deuxième derrière Faure GNASSINGBE lors du scrutin du 04 mars dernier selon les chiffres officiels, Jean-Pierre FABRE peut se targuer d’avoir recueilli pour une première participation, faite quasiment à l’ultime minute, près de 35% de voix. Même si on lui oppose le fait qu’il se soit présenté sous la bannière de l’UFC, ce qui lui a fait drainer beaucoup de suffrages, il n’en demeure pas moins qu’il a su capitaliser sur son nom plus du tiers des suffrages exprimés. De ce point de vue, il peut prétendre au rôle symbolique de leader de l’opposition. Pour convaincre, il peut s’appuyer sur les milliers de personnes qui l’accompagnaient chaque week-end dans ses meetings à la plage ; même si à cause de la lassitude et des promesses non tenues, leur nombre se réduit comme une peau de chagrin. En tout cas, à ce jour, les arguments ne manquent pas en sa faveur.
Cependant, ils ne manquent pas non plus pour ses adversaires qui soulignent, là également à juste titre, que seule la confrontation de l’ANC au suffrage universel pourra définitivement décider de sa place sur l’échiquier politique et de son rôle au sein de l’opposition. Ce parti a donc tout intérêt à participer aux prochaines échéances, non seulement pour avoir l’onction du suffrage universel mais également pour transformer les marcheurs du week-end, potentiels électeurs, en votes exprimés. Sinon, quelque soient les démonstrations, elles ne seraient pas irrésistibles. Le doute doit être levé lors des prochaines élections qui devront une fois encore, fixer la hiérarchie politique de notre pays.
LA DIVISION, PAS UNE FATALITE.
Tout le monde aura remarqué que pour l’instant et alors que la polémique bat son plein, Faure GNASSINGBE n’a pas encore défini les contours ni le contenu de son dialogue inclusif. On murmure des rencontres dans les coulisses et de discrètes discussions téléphoniques. On parle également de la mise sur pied très prochainement d’une commission technique chargée de préparer ce dialogue.
L’opposition doit être consciente qu’une stratégie unitaire, avec le rassemblement de tous derrière un homme providentiel, populaire est irréalisable est vouée à l’échec parce que contre-nature et non sincère. La seule alternative reste que tous, pendant que chacun garde son identité, se réunissent autour d’une plate-forme de revendications a minima sur laquelle ils ne transigeraient pas : limitation de mandat, élection à deux tours, révision des listes électorales, redécoupage électoral, des institutions plus équilibrées avec le renforcement du pouvoir du parlement et celui du Premier ministre, une participation plus accrue des citoyens au contrôle des dirigeants et aux prises de décisions etc…..