Les usagers Togolais ont eu une désagréable surprise en fin d’année 2010 : l’augmentation de leur facture d’électricité pour compter du mois de mars 2011. Plusieurs raisons ont été évoquées, notamment la fin de la subvention de l’Etat à la CEET (Compagnie Energie Electrique du Togo) sous la pression des institutions de Bretton Woods. Notre enquête a démontré que si la hausse du tarif d’électricité était inéluctable, ce n’est certainement pas pour les raisons officielles surtout que d’une certaine manière, c’est plutôt la CEET qui subventionnait l’Etat et non le contraire.
La raison essentielle pour laquelle les Togolais devront vivre dans la hantise d’une augmentation régulière de leur facture d’électricité est que notre pays a des infrastructures énergétiques qui sont tributaires du pétrole.
ContourGlobal, le joyau technologique inauguré en 2010, en est une. Il a cet avantage d’offrir au Togo une quasi-indépendance énergétique mais ne peut constituer qu’une solution à court terme pour les problèmes de délestage. Et reste la source d’énergie la plus onéreuse. En effet, en concevant et en faisant signer un contrat d’énergie avec des redevances fixes sur 25 ans pour des investissements qui sont appelés à être amortis dans le temps, avec des redevances variables en fonction de la durée d’utilisation de la centrale, le Togo a créé les conditions de la cherté de son énergie.
La CEB (Communauté Electrique du Bénin) qui fournissait 90 % de l’électricité à la CEET n’a pas augmenté son prix de vente de l’énergie qui est de 55 FCFA le KWH à la CEET. C’est en raison du coût de revient onéreux de l’énergie fournie par ContourGlobal que la CEET a revu à la hausse sa facture d’électricité.
Ce n’est pas non plus à cause d’une réduction des subventions que l’Etat accordait à la CEET, puisque dans les mesures importantes du budget 2011, il y a la poursuite de l’appui au secteur de l’énergie. Et dans les interventions qui se chiffrent globalement à 70,3 milliards de FCFA, il y a une large part de subventions à la CEET. Par ailleurs, celle-ci n’a pas besoin de subventions de l’Etat si ce dernier payait régulièrement ses factures de consommation d’électricité. Pour rappel, les impayés de factures d’électricité que l’Etat vient de régler par compensation de créances à la CEET s’élèvent à dix sept (17) milliards de FCFA ! De quoi permettre à la CEET d’investir et de fonctionner sans accroc sans même songer à revoir à la hausse ses tarifs. On peut donc poser légitimement la question : entre la CEET et l’Etat, qui subventionne qui ?
LE COÛT DE L’ENERGIE :
La source d’énergie qui coûte le moins chère dans la structure des coûts de la CEB/CEET est d’abord l’énergie hydraulique de NANGBETO (21 FCFA le KWH au départ et seulement 7 FCFA le KWH maintenant que les investissements sont amortis et les emprunts ayant servi à son financement sont entièrement remboursés) ; puis la Turbine à Gaz (TAG) qui coûtera 27 FCFA le KWH si nous pourrions avoir la fourniture du gaz du Nigeria.
Ensuite, il y a la même énergie hydraulique qui est importée du Ghana et qui revient entre 35 et 50 FCFA le KWH en fonction du cours du dollar qui est la monnaie de facturation et des coûts de transport de cette énergie.
Viennent les énergies thermiques, de loin les plus chères à l’instar de ContourGlobal qui reviennent entre 100 et 133 FCFA le KWH alors que la CEET nous facture entre 75 et 91 FCFA le KWH. La moyenne en Afrique subsaharienne peut être estimée à 56 F CFA/KWh. La tranche sociale de 60 FCFA le KWH de la CEET a une application controversée. Les locataires d’une maison qui paient leurs consommations d’électricité ne bénéficient plus des tranches sociales parce que le propriétaire ayant souscrit à au moins deux compteurs ne bénéficie plus de la tranche sociale ; les locataires indigents sont ainsi pénalisés en lieu et place de leur propriétaire. C’est donc normal que le prix du courant électrique augmente du fait de ContourGlobal
A terme, et à défaut d’une centrale solaire à laquelle les pays africains devraient sérieusement songer, la solution la plus intéressante selon les spécialistes, serait la réalisation du barrage d’ADJARALLA. Il réduirait de façon significative le coût de l’électricité au Togo. Selon nos informations, la Banque Mondiale est prête à financer cette centrale hydraulique à condition que le Togo et le Bénin, indemnisent les populations à exproprier du site de la centrale.
ETAT DES LIEUX AVANT L’ARRIVEE DE CONTOURGLOBAL :
La Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET) est responsable de la distribution de l'énergie électrique au Togo, tandis que la production et le transport est essentiellement assurée par la Communauté Électrique du Bénin (CEB), société d’État dont le capital est détenu par les gouvernements du Bénin et du Togo. La CEET dispose de plus de 4 000 km de réseau, moyenne et basse tension. L’électricité commercialisée (plus de 450 millions de kWh par an) provient de la CEB pour environ 90% et les 10% restants la production propre de la CEET par centrales thermiques. Les principaux fournisseurs de la CEB sont la Volta River Authority au Ghana, la Compagnie Ivoirienne d’Eau et d’Électricité et la TCN (Nigéria).
Depuis 2007, la situation énergétique au Togo a connu de graves crises répétées qui tend à se résorber. Mais elle aura coûté au pays en 2008 par exemple, plus de 10 milliards de FCFA, soit un point de croissance du PIB.
Les problèmes étaient dus :
- aux difficultés d’approvisionnement en énergie hydroélectrique par le barrage de Nangbéto qui n’a fourni que 10 MW en 2007 pour une capacité installée de 65 MW ;
- à la réduction de la fourniture d’électricité en provenance du Ghana et de la Côte d’Ivoire à la CEB en raison de la sécheresse, de l’accroissement de la demande dans ces deux pays et du non paiement des arriérés de la CEB vis-à-vis de la Volta River Authority ;
- au coût élevé de carburant JET A1 qui n’a pas permis à la CEB de faire fonctionner la turbine à gaz d’appoint installée en complément de capacité
Ces difficultés ont poussé les autorités togolaises à chercher des solutions à court terme comme l’achat de 14 groupes électrogènes d’une capacité totale de 20 MW. Cette capacité additionnelle a permis de réduire les délestages, mais comporte un coût de fonctionnement élevé en carburant qui s’est répercuté sur les tarifs.
Le secteur privé n’est pas du reste avec plusieurs initiatives, notamment la promotion du biocarburant par l’éthanol produit par la bagasse de canne à sucre ; ou encore l’implantation d’une unité de production d’électricité de 30 MW à base de charbon importée par une société de ciment de la place, destinée à sa propre consommation, mais réduisant ainsi la demande en énergie adressée à la CEET.
Aujourd’hui, le gouvernement togolais mise beaucoup sur ContourGlobal dont le prix moyen dépasse celui payé à la CEB mais également sur l’entrée en production du gazoduc de l’Afrique de l’Ouest. Ce pipeline de 1’033 kilomètres et d'un coût de 500 millions de dollars, transportera du gaz du Nigéria vers ses trois voisins ouest africains, Bénin, Togo et Ghana et devrait améliorer durablement la situation énergétique au Togo.